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Le livre Nous sommes Charlie, nous sommes déçus…

Le Livre de poche a réuni 60 auteurs dans un recueil destiné à rendre hommage aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo. L'ouvrage est foutraque et laisse un goût d'inachevé.

L'idée de départ est belle: réunir dans un livre 56 auteurs contemporains pour évoquer la liberté d'expression afin de rendre hommage aux victimes des attentats perpétrés chez Charlie Hebdo. Le titre est tout trouvé: Nous sommes Charlie, lettres blanches sur fond noir. Il est vendu 5 euros. Tous les bénéfices tirés des ventes seront reversés à l'hebdomadaire satirique. Aux 56 textes écrits aujourd'hui rédigés gracieusement, on a ajouté quatre signés Beaumarchais, Diderot, Victor Hugo et Voltaire (un extrait de son Traité sur la tolérance). C'est Le Livre de poche qui est derrière cette initiative lancée au lendemain du 7 janvier. Le recueil paraît ce 5 février.

L'idée est belle, très belle, il n'y a rien à en dire. Mais comment ne pas dire notre déception à la lecture de ce recueil un peu foutraque, un peu bâclé. Certes, l'exercice était libre et les délais très serrés (les dernières copies devant être rendues le 16 janvier pour une publication deux semaines plus tard, seulement).

D'abord, côté textes inédits, il faudra repasser. Beaucoup de nos auteurs contemporains se sont contentés de recycler une tribune déjà offerte aux journaux. Ensuite, les textes que l'on peut lire possèdent la force des écrits produits sur le coup de l'émotion… et leur faiblesse. Ils se ressemblent beaucoup. Nombre de textes qui ont des faux airs d'articles se terminent ou commencent par «Je suis Charlie». Bien sûr, l'exercice était difficile pour ceux qui ont accepté de jouer le jeu. Poue eux, l'enjeu était ailleurs: élever leur voix pour la liberté d'expression et soutenir Charles Hebdo. L'ensemble donne un goût d'inachevé.

La couverture du livre «Nous sommes Charlie».

Quelques pépites

L'autre défaut de ce petit livre est son caractère inégal: à des textes courts succèdent parfois seulement cinq ou six lignes, comme s'il fallait absolument écrire, et vite. Fiction, fable, témoignage personnel, dialogue, lettre, acrostiche, poème, tribune, tous les registres sont utilisés, ce qui ajoute à cette double impression de foutraque et de déjà lu.

Il y a, cependant, des pépites parmi ces 60 textes, en dehors des quatre classiques (pourquoi n'y en a-t-il pas plus d'ailleurs?). Des textes qui surprennent, comme celui de Maxime Chattam qui raconte que, à l'automne 2014, il entamait l'écriture d'un thriller qui se déroule dans les milieux islamistes avec une fin où deux groupes de terroristes coordonnés prennent chacun un site en otage. «Dois-je dire que, début janvier 2015, j'ai été soufflé par la réalité?» Il y a des textes qui apportent une valeur ajoutée à tout ce qu'on a pu lire et entendre. Mention spéciale aussi aux écrits de Noëlle Châtelet (une lettre à Voltaire), Frédérique Deghelt, Dominique Fernandez, René Guitton (sur les convertis de fraîche date et ce qu'on associe au mot «islamisme»), Anne Nivat, ou Bernard-Henri Lévy («ce qui restera du 11 janvier»).

On ne fait pas forcément de bons livres avec de bonnes intentions. Ce recueil en est une nouvelle illustration.

 

Source : FIGARO

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